Certains
des objets qui nous entourent contiennent des substances radioactives.
Leurs présences étaient recherchées dans le passé, quand on
croyait aux propriétés curatives de la radioactivité. On connaît
maintenant les conséquences néfastes de ces substances radioactives
mais elles sont encore utilisées aujourd'hui. Si cette utilisation
perdure c'est notamment parce que les populations n'en ont pas
conscience. La radioactivité est en effet impossible à percevoir
avec nos sens : inodore, invisible, silencieuse... Pourtant
la réglementation française limite, pour la population, le niveau
à 5 millisievert par an soit 57 micro Rem/h en moyenne sachant
que le niveau moyen dans notre pays est de 10 à 15 microRem/h
(voir carte). Ce niveau de 57 microRem/h est une dérogation
aux normes internationales (CIPR) qui sont beaucoup plus sévères
(11 microRem/h au-dessus du bruit de fond naturel).

L'utilisation
de compteurs GEIGER par le grand public permet désormais de
repérer ces objets. Une cinquantaine à déjà été répertoriée,
les plus connus sont indiqués ci après:
1.
LES MANCHONS DE LAMPES A GAZ
Si vous avez fait du camping, vous avez sans doute utilisé ces
lampes à gaz! On adapte un manchon qui, lorsqu'il est chauffé
par la combustion du gaz, à la propriété d'émettre de la lumière
par son incandescence.
Les
risques d'irradiation:
Les
niveaux mesurés varient entre 150 et 360 m Rem/h au contact.
Au-delà de 50 cm, le rayonnement n'est plus perceptible. On
peut se protéger des radiations en restant à plus de 50 cm des
lampes. Il faut éviter de mettre des manchons dans une poche
!
Les
risques de contamination
Ils sont beaucoup plus importants que les risques d'irradiation.
Il s'agit en effet de manchon qui comportent du Thorium 232.
Outre les effets directs par rayonnement de ces manchons, ils
présentent un autre danger : Le Thorium est en effet un élément
très radiotoxique, il suffit d'en inhaler quelques becquerels
pour atteindre la limite du risque tolérable; hors la diffusion
de microparticules radioactives lorsque le manchon est porté
à incandescence n'est pas encore connue. Il y à aussi des risques
lors de la manipulation de ces manchons arrivés en fin d'utilisation.
Les fibres partent très facilement en poussière ce qui accroît
le risque de respirer ou d'inhaler des particules radioactives.
Pour manipuler les vieux manchons il est recommandé d'utiliser
des gants et si possible d'éviter de respirer.
2.
LES PARATONNERRES
Cinquante ans après la découverte du paratonnerre par Benjamin
Franklin en 1760, un scientifique hongrois a eu l'idée de placer
une source radioactive à proximité de la pointe des paratonnerres.
Il pensait que la radioactivité allait ioniser l'air, le rendre
conducteur au voisinage de la pointe du paratonnerre et permettre
ainsi que la foudre s'y dirige préférentiellement. Ce procédé,
bien que très controversé quant à son efficacité, a été breveté
et commercialisé en 1932. On estime qu'en France environ 30
000 paratonnerres radioactifs trônent sur nos toits. En 1983,
un arrêté interdit l'emploi de radioéléments dans la fabrication
des paratonnerres, laissant 4 ans aux fabricants pour adapter
leur procédé. En 1986 un nouvel arrêté complète le premier pour
en interdire aussi la vente et l'importation.

Ne
pas confondre paratonnerre et parafoudre
L'utilisation de substances radioactive pour les parafoudres
n'a pas encore été interdite. Ces appareils sont équipés de
sources au tritium ou au prométhéum 147. Ces radionucléides
ont des périodes assez courtes 12,3 et 2,6 ans.
Les risques
Les radionucléides utilisés sont des produits très radiotoxiques
dont la période de radioactivité est très longue. Les sources
restent dangereuses pendant des années, voire des milliers d'années.
Par exemple la période de l'Américium 241 est de 433 ans. C'est
le temps nécessaire pour que la radioactivité diminue de moitié.
Pour une source de 30 millions de becquerels en 1987, on aura
15 millions en 2420; encore 7,5 millions en 2863 puis 3,7 millions
en 3296 etc. La période du radium 226 est nettement plus longue
: 16000 ans. Le rythme de décroissance est donc encore plus
lent. Les sources utilisées dans les paratonnerres vont donc
rester dangereuses sur des générations. Il faut veiller à leur
récupération et leur stockage limitant ainsi les risques de
dispersion.
Les
risques d'irradiation externes sont très variables : plus faible
pour l'Américium 241 que pour le radium 226 qui compte parmi
ses descendants un radionucléide très irradiant : le bismuth
214. Pour une source de 37 Mbq, à 10 cm le débit de dose est
de 100 000 m Rem/h !! En restant une heure à proximité de la
partie radioactive du paratonnerre, on reçoit la dose annuelle
définie par la CIPR. Certains paratonnerres sont équipés de
sources au radium dont l'activité est jusqu'à 20 fois supérieure.
La dose annuelle peut alors être reçue en moins de 5 minutes!!
Dans
la plupart des paratonnerres, les sources sont apparentes. Elles
peuvent facilement s'endommager et contaminer leur site d'implantation,
d'autant que leur revêtement est mince. Le risque le plus courant
est, qu'à l'occasion de démolitions de bâtiments, les sources
des paratonnerres contaminent le voisinage et les gravats.
3.
LES DETECTEURS D'INCENDIE
La plupart des bâtiments publics et industriels disposent de
détecteurs d'incendie situés généralement en hauteur (plafond).
Comme l'adage le dit si bien, il n'y a pas de fumée sans feu,
c'est pour cette raison que les systèmes de détection sont en
fait basés sur la détection des fumées. Le principe est assez
simple, une source radioactive ionise l'air de deux chambres,
l'une ouverte et l'autre fermée L'air ainsi conducteur est contrôlé
au moyen d'électrodes. Quand la fumée envahit l'air de la chambre
ouverte, la différence de conductivité entre les deux chambres
permet d'actionner l'alarme. Les sources les plus utilisées
sont des sources d'Américium 241, plus rarement de radium.
Le
niveau de radioactivité mesuré au contact sur un ancien détecteur
d'incendie a été supérieur à 250 micro Rem/h. D'autres plus
modernes ne présentent pas de radioactivité apparente. Le risque
de contamination est analogue à celui des paratonnerres en cas
de démolition de bâtiments (radiotoxicité notamment).