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LES
DANGERS DU CO
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Le monoxyde de carbone appelé aussi oxyde
de carbone (CO) est un gaz incolore et inodore qui peut être
toxique pour l'Homme. Il résulte de la combustion incomplète
de substances contenant du carbone et se forme également dans
l'organisme humain à la faveur de processus naturels ou encore
par suite de la biotransformation des halométhanes. Lors d'une
exposition externe à des teneurs en monoxyde de carbone supérieures
à la normale, des effets subtils peuvent commencer à se manifester
et en cas d'exposition à des concentrations encore plus élevées,
la mort peut survenir. Les effets toxiques du monoxyde de carbone
sont dus pour une grande part à la formation de carboxyhémoglobine
(COHb), qui empêche le transport de l'oxygène par le sang.
1.
Chimie et méthodes d'analyse
Il existe, pour doser le monoxyde de carbone dans l'air ambiant,
toute une série de possibilités qui vont des méthodes totalement
automatisées basées sur l'arbsorptiométrie infrarouge non dispersive
ou la chromatographie en phase gazeuse à des techniques manuelles
semiquantitatives utilisant des tubes détecteurs. Comme la formation
de carboxyhémoglobine dans l'organisme humain dépend d'un grand
nombre de facteurs, et notamment du caractère variable de la
teneur de l'air en monoxyde de carbone, il est préférable de
mesurer la concentration de carboxyhémoglobine que de chercher
à la calculer. Il existe un certain nombre de méthodes relativement
simples pour doser le monoxyde de carbone en analysant le sang
ou l'air alvéolaire en équilibre avec le sang. Certaines de
ces méthodes ont pu être validées grâce à une études comparatives
minutieuses.
2.
Sources et concentrations de monoxyde de carbone dans l'environnement
Le monoxyde de carbone est présent dans la troposphère à l'état
de traces qui trouvent leur origine dans des processus naturels
et dans certaines activités humaines. Etant donné que les végétaux
sont capables de métaboliser le monoxyde de carbone et d'en
produire, on considère qu'à l'état de traces, ce gaz est un
constituant normal de l'environnement naturel. La concentration
de monoxyde de carbone dans l'air aux abords des agglomérations
et des zones industrielles peut être sensiblement supérieure
à la teneur naturelle normale, mais on n'a encore jamais fait
état d'effets nocifs sur les plantes ou les microoganismes qui
seraient imputables aux teneurs que l'on mesure actuellement
dans ces conditions. Il n'en reste pas moins que la présence
de monoxyde de carbone à ces concentrations peut être dommageable
à la santé humaine, selon les valeurs qu'elles atteignent sur
les lieux de travail ou les zones de résidence et en fonction
également de la réceptivité des sujets exposés aux effets nocifs
potentiels. En examinant les données de qualité de l'air fournies
par les stations de contrôle fixes, on constate une tendance
au déclin de la teneur en monoxyde de carbone qui traduit l'efficacité
des systèmes antipollution dont sont munis les véhicules récents.
Aux Etats-Unis, les émissions dues aux véhicules à moteur qui
circulent sur les autoroutes représentent environ 50 % du total,
les moyens de transports circulant hors des autoroutes en représentant
13 %. Parmi les autres sources émettant du monoxyde de carbone
on peut citer l'utilisation d'autres combustibles que les carburants
automobiles, par exemple dans les chaudières (12 %), divers
processus industriels (8 %), l'élimination des déchets solides
(3 %) et diverses autres sources (14 %). A l'intérieur des bâtiments,
la concentration en monoxyde de carbone dépend de la concentration
dans l'air extérieur, de la présence de sources internes, de
la ventilation et du brassage de l'air dans chaque pièce et
d'une pièce à l'autre. Dans les habitation où il n'en existe
pas d'autres sources, la concentration de monoxyde de carbone
dans l'air est à peu près la même que la concentration extérieure
moyenne. Les concentrations les plus élevées se rencontrent
en présence de sources intérieures de combustion, notamment
dans les garages fermés, les stations service et les restaurants,
par exemple. C'est dans l'air des maisons d'habitation, des
églises et des établissements de soins que la concentration
en monoxyde de carbone est la plus faible. On a montré que le
tabagisme passif résultant de l'exposition à la fumée de cigarette
accroît l'exposition des non fumeurs d'environ 1,7 mg/m3 en
moyenne (1,5 ppm) et que l'utilisation d'une cuisinière à gaz
augmente la teneur de l'air en CO d'environ 2,9 mg/m3 (2,5 ppm).
Parmi les autres sources de monoxyde de carbone dans l'air intérieur
des habitations on peut citer les cheminées, les chauffe-eau
ainsi que les poêles à bois ou à charbon.
3.
Distribution et transformation dans l'environnement
Il ressort des données récentes sur l'évolution des concentrations
en monoxyde de carbone à l'échelle de la planète que celles-ci
sont en diminution depuis une dizaine d'années. Le niveau de
fond est de l'ordre de 60 à 140 µg/m3 (50 à 120 parties par
milliard). Les valeurs sont plus fortes dans l'hémisphère nord
que dans l'hémisphère sud. Le niveau de fond moyen fluctue également
selon la saison. Les valeurs sont plus fortes durant les mois
d'hiver et plus faibles en été. Environ 60 % du monoxyde de
carbone présent dans la troposphère hors des agglomérations
urbaines trouvent leur origine dans des activités humaines,
soit de façon directe par suite de processus de combustion,
soit de façon indirecte par suite de l'oxydation d'hydrocarbures
et notamment du méthane lors d'activités agricoles, de l'enfouissement
de déchets etc. Dans l'atmosphère, le monoxyde de carbone peut
intervenir dans des réactions susceptibles d'aboutir à la formation
d'ozone au niveau de la troposphère. D'autres réactions peuvent
conduire à réduire fortement la concentration en radicaux hydroxyles,
qui jouent un rôle clé dans les cycles planétaires d'élimination
de nombreux autres gaz résultant de l'activité humaine et qui
sont également présents dans l'atmosphère à l'état de traces.
Il pourrait s'ensuivre une modification de la chimie atmosphérique
et en fin de compte, un changement du climat général de la planète.
4.
Exposition de la population au monoxyde de carbone
Au cours de ses activités quotidiennes habituelles, tout un
chacun se trouve en présence de monoxyde de carbone dans divers
microenvironnements - en se déplaçant à bord d'un véhicule à
moteur, en exerçant son activité professionnelle, en se rendant
sur des sites urbains où diverses substances sont brûlées, en
faisant la cuisine ou en se chauffant au gaz, au charbon ou
au bois ou encore en fumant ou en étant exposé à la fumée des
autres. En règle générale, c'est à proximité d'un véhicule en
marche ou dans certains microrenvironnements domestiques que
l'exposition au monoxyde de carbone est la plus importante pour
la majorité des gens. Grâce à des moniteurs élecrochimiques
personnels (MEP) que leur miniaturisation permet de porter sur
soi, il est possible de mesurer les concentrations de monoxyde
de carbone qu'un individu est susceptible de rencontrer lorsqu'il
se déplace à travers un grand nombre de microenvironnements
extérieurs et intérieurs que l'on ne peut surveiller à l'aide
de station de mesure fixes. Les résultats des mesures sur le
terrain ainsi que les études de modélisation indiquent qu'il
n'y a pas de corrélation directe entre l'exposition individuelle
déterminée par les MEP et la concentration de monoxyde de carbone
mesurée en utilisant uniquement des stations fixes. Cette observation
s'explique par la mobilité des personnes et également par les
variations spatio-temporelles de la teneur en CO. Les études
de grande envergure portant sur l'exposition humaine au monoxyde
de carbone ne mettent pas en évidence de corrélation entre les
chiffres des moniteurs personnels et ceux des stations de mesure
fixes les plus proches, mais elles révèlent que l'exposition
individuelle cumulée est plus faible les jours où la concentration
ambiante de CO mesurée par les stations fixes est basse et qu'elle
est plus élevée lorsque cette concentration est en augmentation.
Ces études soulignent la nécessité de compléter les mesures
des stations fixes par celles des moniteurs personnels si l'on
veut évaluer l'exposition humaine totale. Les données fournies
par ces études sur le terrain peuvent être utilisées pour établir
et expérimenter des modèles d'exposition humaine rendant compte
de l'évolution de l'exposition au CO en fonction du temps et
de l'activité. L'étude des diverses situations conduisant à
une exposition humaine au monoxyde de carbone indique que sur
certains lieux de travail ou dans certaines habitations où les
appareils à combustion sont défectueux ou dont la ventilation
n'est pas suffisante, montre que l'exposition peut dépasser
110 mg de monoxyde de carbone par m3 (100 ppm), ce qui conduit
souvent à des taux de carboxyhémoglobine de 10 % ou davantage
en cas d'exposition continue. En revanche, la population générale
est beaucoup moins souvent exposée à de telles concentrations
dans les conditions ambiantes habituelles. Les concentrations
auxquelles la population générale est exposée pendant des périodes
plus ou moins longues se situent plus fréquemment dans la fourchette
de 29 à 57 mg de monoxyde de carbone par m3 (25-50 ppm); dans
ces circonstances, l'activité physique est généralement réduite
et le taux résultant de carboxyhémoglobine ne dépasse pas 1-2
% chez les non fumeurs. Ces valeurs sont comparables à la norme
physiologique pour des non fumeurs, qui est de 0,3 à 0,7 %.
Chez les fumeurs en revanche, le taux de base de carboxyhémoglobine
est de 4 % en moyenne, avec un intervalle de variation qui est
habituellement de 3-8 %, et il traduit l'absorption du CO présent
dans la fumée inhalée. Les études consacrées à l'exposition
humaine ont montré que les gaz d'échappement des véhicules à
moteur sont la source la plus fréquente des concentrations élevées
de CO. Elles montrent en particulier qu'à l'intérieur d'un véhicule
à moteur, la concentration moyenne maximale en monoxyde de carbone
(en moyenne 10-29 mg/m3, soit 9-25 ppm) est la plus forte de
tous les microenvironnements. En outre, pour les habitants des
banlieues, la concentration varie dans des proportions extrêmes,
et l'exposition peut atteindre dans certains cas plus de 40
mg/m3 (35 ppm). Les lieux de travail constituent également un
environnement important en ce qui concerne l'exposition au monoxyde
de carbone. En général, si l'on excepte les trajets pour se
rendre au travail et en revenir, l'exposition pendant l'activité
professionnelle est supérieure à ce qu'elle peut être pendant
les période de loisirs. Il arrive qu'exposition professionnelle
et non professionnelle se juxtaposent, ce qui peut conduire
à une concentration encore plus élevée de monoxyde de carbone
dans le sang. Mais plus encore, certaines activités professionnelles,
de par leur nature même, peuvent comporter un risque accru de
forte exposition au CO (par exemple, la conduite et l'entretien
de véhicules ou le gardiennage de parkings). Parmi les professions
exposées au monoxyde de carbone présent dans les gaz d'échappement
de véhicules à moteur, on peut citer les mécaniciens automobiles,
les gardiens de parkings et les employés de stations service,
les chauffeurs de bus, de camions ou de taxis et enfin les employés
des entrepôts. Certains processus industriels peuvent également
exposer les ouvriers à du monoxyde de carbone produit directement
ou en tant que sous-produit d'autres activités : production
d'acier, fours à coke, production de noir de carbone et raffinage
du pétrole, par exemple. Les pompiers, les cuisiniers et les
ouvriers du bâtiment peuvent également être exposés à de fortes
concentrations de monoxyde de carbone. L'exposition au monoxyde
de carbone dans l'industrie est la plus forte qui ait été observée
au niveau individuel lors des enquêtes sur le terrain.
5. Toxicocinétique et modes d'action du
monoxyde de carbone
Le monoxyde de carbone est absorbé au niveau des poumons et
la concentration de carboxyhémoglobine à un instant quelconque
dépend de plusieurs facteurs. Lorsqu'il y a équilibre avec l'air
ambiant, la teneur du sang en carboxyhémoglobine dépend essentiellement
de la concentration respective du monoxyde de carbone et de
l'oxygène inspirés. En revanche, s'il n'y a pas équilibre, la
concentration de la carboxyhémoglobine va également dépendre
de la durée de l'exposition, de la ventilation pulmonaire et
de la quantité de carboxyhémoglobine initialement présente avant
l'inhalation d'air contaminé. En plus de sa réaction sur l'hémoglobine,
le monoxyde de carbone se combine à la myoglobine, aux cytochromes
et aux métalloenzymes telles que la cytochrome-c-oxydase et
le cytochrome P-450. On ignore quelle peut être l'incidence
de ces réactions sur la santé humaine mais il est probable qu'aux
concentrations ambiantes, elles sont moins importantes que la
fixation du gaz sur l'hémoglobine. Les échanges de monoxyde
de carbone entre l'air que nous respirons et notre organisme
sont sous la dépendance de processus physiques (transferts de
masse et diffusion) et physiologiques (par ex. la ventilation
alvéolaire et le débit cardiaque). Le monoxyde de carbone passe
facilement des poumons au courant sanguin. L'étape finale de
ce processus comporte une compétition entre le monoxyde de carbone
et l'oxygène pour la fixation sur l'hémoglobine à l'intérieur
des hématies, qui conduit respectivement à la formation de carboxyhémoglobine
et d'oxyhémoglobine (O2Hb). La fixation du monoxyde de carbone
sur l'hémoglobine pour donner de la carboxyhémoglobine et réduire
ainsi la capacité du sang à transporter l'oxygène, se révèle
être le principal mécanisme à la base des effets toxiques d'une
exposition à de faibles concentration de ce gaz. On ne connaît
pas totalement le détail des mécanismes par lesquels la formation
de carboxyhémoglobine exerce ses effets toxiques, mais il est
probable qu'ils comportent l'apparition d'un état d'hypoxie
dans nombre des tissus qui composent les divers organes. On
a invoqué d'autres modes d'action ainsi que des mécanismes secondaires
pour expliquer la toxicité du monoxyde de carbone (à côté de
la formation de carboxyhémoglobine), mais il n'a pu être prouvé
que ces mécanismes étaient capables d'intervenir à des niveaux
d'exposition relativement faibles (concentrations proches des
valeurs ambiantes). On admet donc, à l'heure actuelle, que le
taux sanguin de carboxyhémoglobine constitue un marqueur utile
pour l'estimation de la charge interne en monoxyde de carbone
due
1) à la formation endogène de cette molécule et
2) à l'exposition au monoxyde de carbone d'origine exogène produit
par des sources externes.
Le taux de carboxyhémoglobine susceptible de résulter de diverses
modalités d'exposition (concernant par exemple la concentration,
la durée etc...) à des sources externes peut être calculé assez
bien au moyen de l'équation de Coburn-Forster-Kane, appelée
aussi équation CFK. L'exposition au monoxyde de carbone a donc
cette caractéristique unique d'être évaluable au moyen du taux
de carboxyhémoglobine, qui se révèle donc être un marqueur biologique
intéressant de la dose reçu par le sujet exposé. La quantité
de carboxyhémoglobine formée dépend de la concentration du gaz
et de la durée d'exposition, de l'activité physique exercée
lors de l'exposition (qui accroît le volume d'air inhalé par
unité de temps), de la température ambiante, de l'état de santé
du sujet et de son métabolisme propre. La formation de carboxyhémoglobine
est un processus réversible; cependant, en raison de la force
de la liaison du monoxyde de carbone à la molécule d'hémoglobine,
la demi-vie d'élimination est assez longue et va de 2 à 6,5
h selon la concentration initiale de carboxyhémoglobine et de
la fréquence respiratoire du sujet. Il s'ensuit que la carboxyhémoglobine
peut s'accumuler et que des concentrations même relativement
faibles de monoxyde de carbone sont susceptibles d'en produire
de fortes concentrations dans le sang. On peut déterminer le
taux sanguin de carboxyhémoglobine soit directement par analyse
du sang, soit indirectement en dosant le monoxyde de carbone
dans l'air expiré. Cette dernière méthode a l'avantage de la
facilité, de la rapidité, de la précision et d'une meilleure
coopération du sujet que dans le cas d'une analyse sanguine.
Toutefois, dans le cas d'une exposition à une faible concentration
de monoxyde de carbone présente dans l'environnement, l'exactitude
de la méthode et la validité de la relation de Haldane entre
la concentration dans l'air expiré et la concentration sanguine
restent incertaines. Etant donné la difficulté à obtenir des
mesures de carboxyhémoglobine dans la population exposée, on
a mis au point des modèles mathématiques qui permettent de déterminer
le taux de carboxyhémoglobine résultant d'une exposition à du
monoxyde de carbone dans diverses circonstances. Le modèle le
mieux adapté aux diverses conditions est l'équation de Coburn-Forster-Kane.
La solution linéaire est utile pour l'étude des données de pollution
de l'air conduisant à des taux relativement faibles de carboxyhémoglobine,
les solutions non linéaires ayant une bonne valeur prédictive
même pour les situations où l'exposition au monoxyde de carbone
est intense. Les deux modèles de régression peuvent également
avoir leur utilité, mais seulement si les conditions d'applications
sont très proches de celles dans lesquelles les paramètres ont
été établis. Même si la toxicité du monoxyde de carbone s'explique
principalement, en cas d'exposition peu intense, par une hypoxie
tissulaire due à la fixation de ce gaz sur l'hémoglobine, il
est difficile de bien expliquer certains aspects physiologiques
de l'exposition au monoxyde de carbone par une diminution de
la pression partielle d'oxygène intracellulaire due à la présence
de carboxyhémoglobine. C'est pourquoi de nombreux travaux de
recherche sont consacrés à des mécanismes secondaires susceptibles
de rendre compte de la toxicité du monoxyde de carbone qui résulte
de sa fixation intracellulaire. Il est abondamment attesté que
le monoxyde de carbone se combine à divers composés intracellulaires
tant in vivo qu'in vitro. On ignore encore si la fixation intracellulaire
du monoxyde de carbone en présence d'hémoglobine est suffisante
pour provoquer des troubles organiques aigus ou des effets à
long terme. Comme on ne dispose pratiquement pas de techniques
sensibles qui puissent nous permettre d'étudier la fixation
du monoxyde de carbone dans les conditions physiologiques, diverses
méthodes ont été proposées qui abordent le problème de manière
indirecte et nombre d'études ont abouti à des résultats négatifs.
A l'heure actuelle, on pense que les protéines intracellulaires
qui ont le plus de chances d'être fonctionnellement inhibées
par la fixation de monoxyde de carbone lorsque la carboxyhémoglobine
atteint un taux significatif sont la myoglobine, qui est principalement
présente dans le myocarde et les muscles squelettiques, ainsi
que la cytochrome-oxydase. On ignore encore quelle peut être
la portée physiologique de la fixation de monoxyde de carbone
par la myoglobine, mais il est vrai que si la concentration
de carboxymyoglobine atteint une valeur suffisante, elle peut
limiter la fixation de l'oxygène par le muscle pendant l'exercice
physique. On dispose de données qui suggèrent que le monoxyde
de carbone se combine effectivement à la cytochrome-oxydase
dans le tissu cardiaque et cérébral, mais cette combinaison
n'est sans doute pas très importante lorsque le taux de carboxyhémoglobine
est faible.
6.
Effets toxiques de l'exposition au monoxyde de carbone
Du point de vue sanitaire, l'importance de la pollution de l'air
par le monoxyde de carbone tient en grande partie au fait que
ce gaz se combine énergiquement avec la molécule d'hémoglobine
pour former de la carboxyhémoglobine qui réduit la capacité
du sang à transporter l'oxygène. La carboxyhémoglobine perturbe
également la dissociation intratissulaire de l'oxyhémoglobine,
de sorte que cela réduit encore l'apport d'oxygène aux tissus.
L'hémoglobine humaine a environ 240 fois plus d'affinité pour
le monoxyde de carbone que pour l'oxygène et la proportion relative
de carboxyhémoglobine et d'oxyhémoglobine qui se forment dans
le sang dépend en grande partie de la pression partielle respective
du monoxyde de carbone et de l'oxygène. Les effets potentiels
d'une exposition au monoxyde de carbone ont suscité de nombreuses
études tant chez l'Homme que chez l'animal. Divers protocoles
expérimentaux ont permis d'obtenir une somme de données sur
la toxicité du monoxyde de carbone, sur ses effets directs au
niveau du sang et des autres tissus, ainsi que sur la manifestation
de ces effets sous forme de perturbations fonctionnelles au
niveau des divers organes. Cependant, nombreuses sont les études
sur l'animal qui ont été effectuées avec des concentrations
extrêmement élevées de monoxyde de carbone (c'est-à-dire ne
correspondant nullement à celles qui sont présentes dans l'air
ambiant). Il est vrai malgré tout que, même si les graves effets
résultant d'une exposition à des concentrations aussi fortes
ne sont guère en rapport avec ceux que peut produire l'exposition
aux concentrations rencontrées dans l'air ambiant, ces études
fournissent néanmoins des renseignements intéressants sur les
effets potentiels d'une exposition accidentelle au monoxyde
de carbone, en particulier d'une exposition à l'intérieur d'un
local.
6.1
Effets cardiovasculaires
On
a montré sans ambiguïté qu'à partir d'un taux de carboxyhémoglobine
de 5,0 %, il y avait réduction de la fixation d'oxygène et diminution
consécutive de la capacité physique dans des conditions d'effort
maximal chez de jeunes adultes en bonne santé. En outre, il
ressort de plusieurs études que la capacité physique commence
déjà à diminuer un peu pour des taux de carboxyhémoglobine n'excédant
pas 2,3 à 4,3 %. Ces effets peuvent avoir des conséquences pour
la santé de la population, en ce sens qu'ils impliquent un risque
de diminution de l'aptitude à exercer certaines activités professionnelles
ou récréatives tant soit peu exigeantes sur le plan physique,
lorsque l'exposition au monoxyde de carbone est d'une intensité
suffisante. Ce sont cependant certains effets cardiovasculaires
qui peuvent être plus à craindre en cas d'exposition à des concentrations
ambiantes de monoxyde de carbone plus caractéristiques (notamment
l'aggravation d'un angor au cours d'une activité physique) chez
une proportion plus faible mais néanmoins non négligeable de
la population. Les sujets souffrant d'angine de poitrine chronique
sont considérés actuellement comme le groupe le plus réceptif
aux effets d'une exposition au monoxyde de carbone, d'après
les signes d'aggravation de l'angor constatés chez des patients
présentant un taux de carboxyhémoglobine de 2,9 à 4,5 %. Il
faudra encore établir de manière plus concluante les relations
dose-réponse chez les malades souffrant de cardiopathies coronariennes,
mais on ne peut cependant exclure la possibilité que ces effets
cardiovasculaires se produisent à des taux de carboxyhémoglobine
inférieurs à 2,9 %. C'est pourquoi le présent document comporte
une évaluation des études nouvellement publiées sur la question
afin de déterminer si le monoxyde de carbone est susceptible
d'aggraver un angor à des taux de carboxyhémoglobine situés
entre 2 et 6 %. Cinq études essentielles ont été consacrées
à la possibilité d'aggravation d'une ischémie myocardique par
une exposition au monoxyde de carbone pendant l'exercice physique
chez des malades coronariens. Une première étude avait montré
que la durée de l'exercice physique était sensiblement réduite
par l'apparition d'une douleur thoracique (angor) chez les sujets
souffrant d'angine de poitrine pour des taux post-exposition
de carboxyhémoglobine n'excédant pas 2,9 %, c'est-à-dire supérieurs
de 1,6 % au taux de base. Une étude multicentrique de grande
envergure a mis en évidence des effets cardiovasculaires chez
des malades présentant un angor d'effort reproductible pour
des taux post-exposition de carboxyhémoglobine de 3,2 %, c'est-à-dire
supérieurs de 2,0 % à la valeur de base. D'autres auteurs ont
également observé des effets analogues chez des patients souffrant
d'une cardiopathie coronarienne obstructive et mis en évidence
une ischémie d'effort à des taux post-exposition de carboxyhémoglobine
respectivement égaux à 4,1 et 5,9 %, c'est-à-dire respectivement
supérieurs de 2,2 et de 4,2 % au taux de base. Une autre étude,
portant sur des sujets souffrant d'angine de poitrine, a mis
en évidence des effets cardiovasculaires à un taux de carboxyhémoglobine
de 3 %, c'est-à-dire supérieur de 1,5 % à la valeur de base.
La valeur la plus faible sans effet nocif observable (LOAEL)
chez des malades présentant une ischémie d'effort se situe donc
quelque part entre 3 et 4 % de carboxyhémoglobine, c'est-à-dire
un taux supérieur de 1,5 à 2,2 % à la valeur de base. On n'a
pas étudié les effets du monoxyde de carbone sur les épisodes
d'ischémie asymptomatiques, qui représentent en fait la majorité
des cas chez ces malades. Les effets nocifs d'une exposition
à de faibles concentrations de monoxyde de carbone chez des
malades souffrant de cardiopathie ischémique sont difficiles
à prévoir au sein d'une population de cardiaques. On a montré
qu'une exposition suffisante pour produire un taux de carboxyhémoglobine
de 6 % au moins, augmentait sensiblement le nombre et la complexité
des arythmies d'effort en cas de coronaropathie et d'ectopie.
Cette observation, si on la rapproche des résultats d'études
de morbidité et de mortalité ou d'études épidémiologiques relatives
aux ouvriers travaillant dans des tunnels qui sont systématiquement
exposés au monoxyde de carbone émis par les véhicules automobiles,
incite à penser, sans certitude absolue toutefois, que l'exposition
au monoxyde de carbone peut comporter un risque accru de mort
subite chez les malades souffrant de coronaropathie. Des travaux
antérieurs consacrés aux effets cardiovasculaires du monoxyde
de carbone ont mis en évidence ce qui semble être une relation
linéaire entre le taux sanguin de carboxyhémoglobine et une
diminution des performances physiques chez les sujets humains
mesurées par la consommation maximale d'oxygène. Cette diminution
est systématiquement observée pour des taux sanguins de carboxyhémoglobine
d'environ 5 %, chez de jeunes sujets non fumeurs en bonne santé.
Certaines études ont même mis en évidence une réduction de la
durée maximale des exercices physiques courts pour des taux
de carboxyhémoglobine n'excédant pas 2,3 à 4,3 %; toutefois
cette réduction est si faible qu'elle intéresse davantage les
athlètes que les gens ordinaires vaquant à leurs activités quotidiennes.
D'après des considérations théoriques et des études expérimentales
sur l'animal, le monoxyde de carbone est susceptible d'exercer
des effets nocifs sur le système cardiovasculaire en fonction
des conditions d'exposition. Toutefois, les résultats de ces
travaux ne sont pas concluants, même s'il révèlent des troubles
du rythme et de la conduction chez les animaux en bonne santé
comme chez ceux qui présentent des problèmes cardiaques. La
concentration la plus faible à laquelle ces troubles ont été
observés varie selon les modalités d'exposition et l'espèce
étudiée. L'expérimentation animale indique également que l'inhalation
de monoxyde de carbone peut accroître la concentration d'hémoglobine
et l'hématocrite, ce qui traduit probablement une compensation
de la réduction du transport d'oxygène provoquée par ce gaz.
A forte concentration de monoxyde de carbone, une augmentation
excessive du taux d'hémoglobine et de l'hématocrite peut imposer
au coeur une charge supplémentaire et gêner l'apport de sang
aux tissus. Un certain nombre de données contradictoires indiquent
qu'une exposition au monoxyde de carbone peut favoriser l'apparition
d'athérosclérose chez les animaux de laboratoire, mais la plupart
des études ne mettent en évidence aucun effet mesurable. De
même, seules quelques études évoquent la possibilité d'une modification
du métabolisme des lipides susceptible d'accélérer l'athérosclérose.
Cet effet doit être subtil, à tout le moins. Enfin, le monoxyde
de carbone agit probablement sur les plaquettes, mais davantage
en en inhibant l'agrégation qu'en la favorisant. D'une façon
générale, il n'existe guère de données indiquant qu'il puisse
se produire dans la population des effets athérogènes consécutifs
à une exposition au monoxyde de carbone aux concentrations couramment
rencontrées dans l'air ambiant.
6.2
Effets pulmonaires aigus
Il n'est guère probable que le monoxyde de carbone exerce des
effets directs sur le tissu pulmonaire sauf en cas d'exposition
à des concentrations extrêmement élevées entraînant une intoxication.
L'étude des effets du monoxyde de carbone sur la fonction pulmonaire
humaine se heurte à un certain nombre de difficultés, à savoir
l'absence d'informations suffisantes sur l'exposition, le petit
nombre de sujets étudiés et la durée limitée de l'exposition.
Une exposition professionnelle ou accidentelle à des produits
de combustion ou de pyrolyse, notamment à l'intérieur d'un local,
peut conduire à une chute brutale de la capacité fonctionnelle
pulmonaire si le taux de carboxyhémoglobine est élevé. Toutefois,
il est difficile de distinguer les effets potentiels du monoxyde
de carbone de ceux qui peuvent être dus à des irritants des
voies respiratoires présents dans la fumée et les gaz d'échappement.
Les études communautaires sur les effets du monoxyde de carbone
présent dans l'air ambiant n'ont pas permis de mettre en évidence
de relation significative entre ce gaz et certains symptômes
ou maladies affectant la fonction pulmonaire.
6.3
Effets sur le système vasculaire cérébral et le comportement
Il n'existe pas de données fiables qui mettent en évidence une
altération des fonctions neurocomportementales chez des jeunes
adultes en bonne santé, à des taux de carboxyhémoglobine inférieurs
à 5 %. Les résultats des études effectuées en présence de taux
égaux ou supérieurs à 5 % sont ambigus. Une grande partie des
recherches effectuées sur des sujets dont le taux sanguin de
carboxyhémoglobine était de 5 %, n'ont révélé aucun effet, même
en considérant des problèmes comportementaux analogues à ceux
qui avaient été mis en évidence dans les études portant sur
des taux plus élevés de carboxyhémoglobine. Toutefois, il est
possible que les chercheurs qui n'avaient pu mettre en évidence
d'altérations neurocomportementales à des taux de carboxyhémoglobine
égaux ou supérieurs à 5 %, aient utilisé des tests dont la sensibilité
était insuffisante pour permettre de déceler les effets subtils
du monoxyde de carbone. On peut donc dire, en se fondant sur
les données expérimentales, qu'un taux de carboxyhémoglobine
supérieur ou égal à 5 % est susceptible d'altérer les fonctions
neurocomportementales. Cependant, on me peut affirmer qu'un
taux inférieur à 5 % serait sans effet. Il est vrai, toutefois,
que l'on n'a étudié que de jeunes adultes en bonne santé en
les soumettant à des tests de sensibilité démontrable et dans
des conditions où le taux de carboxyhémoglobine était supérieur
ou égal à 5 %. Le problème des groupes de population exposés
à un risque particulier d'effets neurocomportementaux par suite
d'une exposition au monoxyde de carbone reste donc entier. A
noter tout spécialement le cas des personnes qui prennent des
médicaments ayant un effet dépresseur primaire ou secondaire
et qui risquerait de potentialiser l'altération des fonctions
neurocomportementales due à une exposition au monoxyde de carbone.
Les autres groupes de population qui peuvent courir un risque
accru d'altération neurocomportementale sont les personnes âgées
et les malades, mais ce risque n'a pas été évalué. Dans les
conditions normales, le cerveau est capable d'accroître son
irrigation ou de capter davantage d'oxygène pour compenser une
hypoxie oxycarbonée. La réaction globale du système vasculaire
cérébral est analogue chez le foetus, le nouveau-né et l'animal
adulte. Toutefois, il semble que plusieurs mécanismes concourent
à augmenter le débit sanguin et il est possible qu'interviennent
certains facteurs neurologiques et métaboliques, ainsi que la
courbe de dissociation de l'oxyhémoglobine, le taux d'oxygène
tissulaire et même un effet histotoxique du monoxyde de carbone.
La question se pose de savoir si ces mécanismes compensatoires
vont continuer à fonctionner dans diverses situations où l'intégrité
du système vasculaire cérébral est compromise (par ex. en cas
d'accident vasculaire cérébral, de lésion intracrânienne, d'athérosclérose,
d'hypertension etc.). La probabilité de lésions ou d'affections
de ce genre augmente en tout cas avec l'âge. Il se peut aussi
que la sensibilité à la carboxyhémoglobine et les mécanismes
compensatoires varient selon les individus. Ce sont les comportements
exigeant une attention ou un effort soutenus qui sont les plus
sensibles à une perturbation par la carboxyhémoglobine.Il existe
un ensemble d'études sur des sujets humains qui ont été consacrées
à la coordination oeil-main (suivi compensatoire), au repérage
d'événements rares (vigilance) et à la réalisation de tâches
en continu ; ce sont ces études qui rendent compte des effets
de la carboxyhémoglobine aux taux n'excédant pas 5 % de la manière
la plus cohérente et la plus justifiable. Il est vrai cependant
que ces effets du monoxyde de carbone sous faible concentration
sont vraiment minimes et quelque peu discutables. Il n'empêche
qu'un défaut de coordination et de vigilance pendant l'accomplissement
en continu de tâches difficiles, comme lorsqu'on travaille sur
des machines ou que l'on conduit des véhicules de transport
public, pourrait avoir de sérieuses conséquences.
6.4
Effets nocifs sur le développement
Des études sur plusieurs espèces d'animaux de laboratoire tendent
fortement à montrer que l'exposition de femelles gravides à
du monoxyde de carbone à la concentration de 170-230 mg/m3 (150-200
ppm), ce qui donne lieu à un taux de carboxyhémoglobine de 15-25
%, entraîne une diminution du poids de naissance, une cardiomégalie,
un retard sur le plan comportemental et l'abolition des fonctions
cognitives. Des travaux isolés donnent à penser que certains
de ces effets pourraient se manifester à des concentrations
ne dépassant pas 69-74 mg/m3 (60-65 ppm; taux de carboxyhémoglobine
approximativement égal à 6-11 %) maintenues pendant toute la
durée de la gestation. On peut s'inquiéter du fait que des études
aient mis en évidence une relation entre l'exposition humaine
à du monoxyde de carbone provenant de sources environnementales
ou de la fumée de cigarettes et le faible poids de naissance
de certains nouveau-nés et cela, du fait de la possibilité de
troubles du développement ; il faut dire toutefois que nombre
de ces travaux ne prennent pas en compte toutes les sources
de monoxyde de carbone. Les données selon lesquelles il existerait
un lien entre l'exposition au monoxyde de carbone présent dans
l'environnement et la mort subite du nouveau-né ne sont pas
convaincantes.
6.5
Autres effets généraux
Les études effectuées sur des animaux de laboratoire incitent
à penser que la métabolisation enzymatique de composés xénobiotiques
pourrait être affectée par une exposition au monoxyde de carbone.
La plupart des auteurs de ces études ont toutefois conclu qu'à
de faibles taux de carboxyhémoglobine (inférieurs ou égaux à
15 %) les effets étaient attribuables en totalité à l'hypoxie
tissulaire due à l'accroissement du taux de carboxyhémoglobine,
car ils n'étaient pas plus marqués que ceux qui résultent d'une
hypoxie proprement dite. Lorsque l'exposition est plus intense,
c'est-à-dire pour un taux de carboxyhémoglobine compris entre
15 et 20 %, le monoxyde de carbone peut inhiber directement
l'activité des oxydases à fonction mixte. L'altération du métabolisme
des composés xénobiotiques constatée dans les cas d'exposition
au monoxyde de carbone pourrait avoir des conséquences importantes
pour les sujets qui suivent un traitement médicamenteux. L'inhalation
de monoxyde de carbone sous forte concentration, conduisant
à l'apparition dans le sang d'un taux de carboxyhémoglobine
supérieur à 10-15 %, produit un certain nombre d'autres effets
généraux chez l'animal de laboratoire, ainsi que chez les sujets
humains souffrant d'une intoxication oxycarbonée aiguë. Les
tissus qui sont le siège d'un intense métabolisme de l'oxygène,
comme ceux du coeur, du cerveau, du foie, du rein et des muscles
pourraient être particulièrement sensibles à l'intoxication
oxycarbonée. On ne connaît pas très bien les effets de fortes
concentrations de monoxyde de carbone sur les autres tissus,
aussi sont-ils plus incertains. Il est rendu compte, dans la
littérature, d'effets sur le foie, le rein, les os et l'immunocompétence
du poumon et de la rate. On s'accorde généralement à penser
que les lésions tissulaires graves qui se produisent lors d'une
intoxication oxycarbonée aiguë ont une ou plusieurs des causes
suivantes : 1) ischémie résultant de la formation de carboxyhémoglobine,
2) inhibition de la libération d'oxygène par l'oxyhémoglobine,
3) inhibition de la fonction du cytochrome cellulaire (par ex.
des cytochrome-oxydases) et 4) acidose métabolique. On possède
quelques éléments de preuve relativement ténus d'un effet éventuel
du monoxyde de carbone sur l'activité fibrinolytique et encore,
uniquement en cas d'exposition à de fortes concentrations. De
même, certaines données incitent à penser que des effets périnatals
sont également possibles (par ex. réduction du poids de naissance,
ralentissement du développement postnatal, mort subite du nouveau-né)
en cas d'exposition au monoxyde de carbone, mais on manque d'éléments
d'appréciation pour pouvoir confirmer qualitativement l'existence
d'une telle corrélation chez l'Homme ou établir une relation
dose-effet appropriée.
6.6
Adaptation
Les seules preuves que l'on possède de la compensation à court
ou à long terme d'un taux élevé de carboxyhémoglobine, ou d'une
adaptation à cet état de choses, sont des preuves indirectes.
Les données obtenues sur des animaux de laboratoire indiquent
qu'un accroissement du taux de carboxyhémoglobine produit des
réactions physiologiques qui tendent à contrebalancer les autres
effets nocifs de l'exposition au monoxyde de carbone. Ces réactions
sont les suivantes :
-
1) augmentation du débit sanguin au niveau des coronaires,
-
2) augmentation du débit sanguin cérébral,
-
3) augmentation du taux d'hémoglobine par activation de l'hématopoïèse
et
-
4) augmentation de la consommation d'oxygène par les muscles.
S'agissant du débit sanguin et de la consommation d'oxygène,
les réactions compensatoires à court terme peuvent n'être que
partielles ou même totalement absentes chez certains sujets.
par exemple, on sait, d'après les études sur les animaux de
laboratoire, que le débit sanguin au niveau des coronaires s'accroît
à mesure qu'augmente le taux de carboxyhémoglobine et les études
cliniques sur des sujets humains montrent que chez un patient
souffrant de cardiopathie ischémique, une réaction se produit
aux taux les plus faibles (6 % ou moins). On peut en déduire
que chez certains cardiaques, les mécanismes de compensation
à court terme ne jouent plus pleinement leur rôle. Il apparaît,
à la lumière des études neurocomportementales, que l'effet du
monoxyde de carbone ne se produit pas systématiquement chez
tous les sujets, ni même au cours d'une même étude et on n'a
pas mis en évidence de relation dose-effet, c'est-à-dire une
intensification avec l'augmentation du taux de carboxyhémoglobine.
On peut conclure de ces données que des mécanismes de compensation
tels que l'augmentation du débit sanguin, pourraient ne se déclencher
qu'à partir d'un certain seuil ou comporter une sorte d'hystérésis.
Faute de preuve physiologique directe chez l'animal, ou de préférence,
chez l'Homme, cette notion reste ne peut que rester à l'état
d'hypothèse. Le mécanisme d'adaptation à long terme, à supposer
qu'on puisse le mettre en évidence chez l'Homme, consisterait
semble-t-il en en une augmentation du taux d'hémoglobine consécutive
à une activation de l'hématopoïèse. Cette modification de la
production d'hémoglobine a été observée à plusieurs reprises
chez les animaux de laboratoire, mais aucun travail récent n'indique
ou ne suggère qu'il en résulte ou résulterait un avantage adaptatif
quelconque. De plus, même si l'accroissement du taux d'hémoglobine
signe un mécanisme adaptatif, on ne l'a pas mis en évidence
pour de faibles taux de carboxyhémoglobine.
7.
Exposition au monoxyde de carbone associée à l'altitude, à la
prise de médicaments ou de diverses substances chimiques ou
encore à une exposition à d'autres polluants atmosphériques
ou facteurs environnementaux
7.1
Effets d'une altitude élevée
Il existe de nombreuses études dans lesquelles sont comparés
les effets de l'inhalation de monoxyde de carbone et ceux que
produit le fait de se trouver à une altitude élevée, mais relativement
peu s'intéressent aux effets combinés de ce gaz et de l'altitude.
Un certain nombre de données incitent à penser que les deux
types d'hypoxie seraient, pour le moins, additifs. Toutefois
ces données ont été obtenues dans des conditions où la concentration
de monoxyde de carbone était trop élevée pour pouvoir être prise
en considération d'un point de vue réglementaire. S'agissant
des effets à long terme du monoxyde de carbone inhalé à haute
altitude, les études sont encore moins nombreuses. Les études
disponibles indiquent qu'il ne se produit pas grand chose au
dessous de 110 mg/m3 (100 ppm) et pour des altitudes inférieures
à 4570 m. Il est cependant possible que le foetus soit particulièrement
sensible aux effets du monoxyde de carbone en altitude; c'est
particulièrement vrai lorsque la mère est fumeuse et expose
l'enfant qu'elle porte à de fortes concentrations de CO.
7.2
Interaction entre le monoxyde de carbone et les substances ou
médicaments divers
On ne possède guère d'informations directes sur une potentialisation
éventuelle de la toxicité du CO en cas de prise de médicaments
ou de toxicomanie ; certaines données montrent toutefois que
ce peut être un sujet de préoccupation. On possède certains
indices d'une action pouvant aller dans le même sens ou en sens
inverse ; autrement dit que la toxicité du monoxyde du carbone
peut être potentialisée par la prise de certains produits ou
que les effets, toxiques ou autres, d'un produit peuvent être
atténués par une exposition au CO. Presque toutes les données
publiées sur cette question concernent la consommation d'alcool.
La consommation et l'abus de substances psychoactives et d'alcool
sont un aspect universel de la vie sociale. En raison de l'effet
du monoxyde de carbone sur les fonctions cérébrales, on peut
s'attendre à ce qu'il y ait des interactions entre ce gaz et
les substances psychoactives. Malheureusement, peu de travaux
de recherche systématiques ont été consacrés à cette question.
En outre, parmi les quelques travaux effectués, seule une faible
proportion se base sur une modélisation des effets probables
de ces associations de substances. Dans ces conditions, il est
bien souvent impossible de déterminer si les effets combinés
de la prise de diverses substances et d'une exposition au CO
sont additifs ou non. Il importe de se rendre compte que l'additivité
des effets de plusieurs substances peut avoir de l'importance
sur le plan clinique, même si le sujet n'a pas conscience de
ce genre de risque. Les principales données relatives à des
interactions potentiellement importantes avec le monoxyde de
carbone proviennent d'études pratiquées sur l'Homme et l'animal,
en présence d'une imbibition alcoolique, études qui montrent
que les effets sont au moins additifs. Comme les cas d'exposition
au CO en présence d'une imbibition alcoolique sont probablement
fréquents, ces résultats prennent un relief accru.
7.3
Exposition combinée au monoxyde de carbone et à d'autres polluants
atmosphériques et facteurs environnementaux
Une grande partie des données relatives aux effets combinés
du monoxyde de carbone et d'autres polluants présents dans l'air
ambiant provient de l'expérimentation animale. Seules quelques
études ont porté sur des sujets humains. Les premiers travaux
sur des sujets humains en bonne santé, qui concernaient des
polluants atmosphériques courants comme le monoxyde de carbone,
le dioxyde d'azote, l'ozone ou le nitrate de peroxyacétyle,
n'ont pas mis en évidence d'interactions entre ces composés
en cas d'exposition combinée. Lors d'études en laboratoire,
aucune interaction n'a été observée après exposition à du monoxyde
de carbone et à des polluants atmosphériques courants comme
le dioxyde d'azote et le dioxyde de soufre. Cependant, on a
tout de même constaté un effet additif après exposition combinée
à de fortes concentrations de monoxyde de carbone et à du dioxyde
d'azote, un effet synergistique étant observé après exposition
combinée au monoxyde de carbone et à l'ozone. Des interactions
toxicologiques entre des produits de combustion, principalement
du monoxyde et du dioxyde de carbone ainsi que du cyanure d'hydrogène,
présents à des concentrations caractéristiques de celles qui
sont produites par des incendies en plein air ou dans un local,
ont provoqué des effets synergistiques après exposition au monoxyde
et au dioxyde de carbone, et des effets additifs en présence
de cyanure d'hydrogène. On a également observé des effets additifs
lorsque du monoxyde de carbone, du cyanure d'hydrogène et de
l'oxygène à faible concentration étaient simultanément présents
; l'adjonction de dioxyde de carbone à cette association a produit
un effet synergistique. Enfin, d'autres études incitent à penser
que certains facteurs environnementaux comme un stress thermique
ou le bruit peuvent jouer un rôle important dans les effets
toxiques lorsqu'ils s'ajoutent à une exposition à du monoxyde
de carbone. Parmi les effets qui ont été ainsi décrits, celui
qui pourrait être le plus important dans les cas courants d'exposition
humaine consiste dans une diminution des performances physique
lorsqu'un stress thermique s'ajoute à une exposition au monoxyde
de carbone à la concentration de 57 mg/m3 (50 ppm).
7.4
Fumée de tabac
Tout en étant une source de monoxyde de carbone pour les fumeurs
et les non fumeurs, la fumée de tabac contient également diverses
substances chimiques avec lesquelles ce gaz pourrait interagir.
Les données dont on disposent incitent fortement à penser qu'une
exposition momentanée ou chronique au CO contenu dans la fumée
de tabac est de nature à affecter le système cardiopulmonaire,
mais il est vrai que les interactions potentielles entre le
monoxyde de carbone et d'autres composés présents dans la fumée
sont autant de facteurs de confusion. En outre, on ne peut affirmer
que les effets d'une augmentation du taux de carboxyhémoglobine
par suite d'une exposition au CO présent dans l'environnement
s'ajoutent à ceux d'une élévation chronique de ce taux, car
il peut se produire une certaine adaptation physiologique.
8.
Sous-groupes de population courant un risque d'exposition au
monoxyde de carbone
La plupart des données dont on dispose au sujet des effets toxiques
du monoxyde de carbone portent sur deux groupes de population
bien définis : les adultes jeunes en bonne santé et les malades
souffrant d'une cardiopathie coronarienne. D'après les effets
qui ont été observés, les malades présentant une ischémie d'effort
reproductible sont le groupe de population pour lequel on a
le mieux établi qu'ils couraient un risque accru de ressentir
des effets inquiétants (réduction de la durée de l'exercice
physique par suite de l'exacerbation des symptômes cardiovasculaires)
en cas d'exposition à des concentration de CO correspondant
aux valeurs ambiantes ou quasi-ambiantes et produisant des taux
minimaux de carboxyhémoglobine de l'ordre de 3 %. Il existe
un autre groupe - plus restreint et constitué de sujets en bonne
santé - qui est également réceptif aux effets du CO sous la
forme d'une diminution de la durée de l'exercice physique, mais
cet effet ne s'observe que pendant un exercice physique de courte
durée dans des condition d'effort maximal. Cette réduction de
l'aptitude à soutenir un effort prolongé pour des personnes
en bonne santé devrait donc concerner davantage les athlètes
engagés dans des compétitions que des gens ordinaires vaquant
à leurs occupations quotidiennes. On peut toutefois supposer,
en se basant sur les résultats cliniques, des considérations
théoriques et les données fournies par l'expérimentation animale,
que d'autres segments de la population pourraient courir un
risque en cas d'exposition au monoxyde de carbone. On peut les
regrouper par sexe, par âge (par ex. foetus, nourrissons, personnes
âgées), par types génétiques (par ex. porteurs d'hémoglobine
anormale), par maladies préexistantes - connues ou non - qui
réduisent l'apport d'oxygène aux organes vitaux, ou encore par
type de médicaments consommés, de toxicomanie ou en fonction
de la qualité de l'environnement (par ex. présence d'autres
polluants atmosphériques ou vie à haute altitude). Malheureusement,
pour la plupart d'entre eux, on ne possède guère de données
expérimentales qui permettraient de définir les risques encourus
en cas d'exposition à des concentrations de monoxyde de carbone
correspondant aux valeurs ambiantes ou quasi-ambiantes.
9.
Intoxication oxycarbonée
La majeure partie de ce document porte sur les effets que des
concentrations relativement faibles de monoxyde de carbone peuvent
produire chez des sujets humains à des taux de carboxyhémoglobine
égaux ou sensiblement égaux aux valeurs les plus faibles qui
soient décelables par les techniques biomédicales actuelles.
Pourtant, les effets toxiques de ce polluant vont d'anomalies
cardiovasculaires ou neurocomportementales subtiles pour de
faibles concentrations dans l'air ambiant, à la perte de conscience
et à la mort en cas d'exposition instantanée à une forte concentration
de monoxyde de carbone. Dans ce dernier cas, la morbidité et
la mortalité résultantes peuvent constituer un problème de santé
publique non négligeable. Le monoxyde de carbone est responsable
d'une forte proportion des intoxications accidentelles et parfois
mortelles qui surviennent chaque année dans le monde. Il peut
exister, à l'intérieur de locaux comme en plein air, des conditions
qui font qu'une petite fraction de la population se trouve exposée
à des concentrations dangereuses de ce gaz. A l'extérieur, c'est
aux carrefours où la circulation est intense, à proximité des
tuyaux d'échappement des moteurs à combustion interne ou de
certaines sources industrielles ou encore dans des parkings
et des tunnels mal ventilés que la concentration de monoxyde
de carbone est la plus élevée. A l'intérieur, les valeurs les
plus fortes s'observent dans les habitations dont les poêles
ou autres appareils à combustion fonctionnent mal ou ont une
évacuation insuffisante ou dont le système d'aération comporte
des refoulements. Les symptômes d'une intoxication oxycarbonée
aiguë ne sont pas en très bonne corrélation avec le taux de
carboxyhémoglobine mesuré à l'arrivée à l'hôpital. Un taux de
carboxyhémoglobine inférieur à 10 % est généralement asymptomatique.
Lorsque la saturation en carboxyhémoglobine atteint une valeur
de 10 à 30 %, les symptômes de l'intoxication oxycarbonée peuvent
apparaître; ils consistent en céphalées, faiblesse, nausées,
confusion, désorientation et troubles visuels. Dans les cas
d'exposition chronique aboutissant à des taux de carboxyhémoglobine
compris entre 30 et 50 %, on constate les symptômes suivants
: dyspnée d'effort, accroissement de la fréquence respiratoire
et cardiaque et syncope. Lorsque le taux de carboxyhémoglobine
dépasse 50 %, il peut y avoir coma, convulsions et finalement
arrêt cardiaque et respiratoire. L'intoxication oxycarbonée
s'accompagne fréquemment de complications (mort immédiate, atteinte
du myocarde, hypotension, arythmie, oedème pulmonaire). L'effet
le plus insidieux est peut-être l'apparition tardive (dans les
1 à 3 semaines) de séquelles neuropsychiatriques, avec leurs
conséquences sur le plan neurocomportemental, notamment chez
les enfants. Une intoxication oxycarbonée pendant la grossesse
comporte un risque élevé pour la mère, par le fait qu'elle accroît
le risque de complications à court terme, de même que pour le
foetus par suite du risque de mort foetale, de troubles du développement
et de lésions dues à l'anoxie cérébrale. Par ailleurs, ce n'est
pas la gravité des troubles présentés par la mère qui permet
de juger de celle de l'intoxication foetale. Les intoxications
oxycarbonées sont fréquentes, leurs conséquences sont graves
et elles peuvent notamment entraîner une mort immédiate, mais
aussi des complications et des séquelles souvent négligées.
Il convient donc d'encourager les efforts en vue de les éviter,
notamment par l'éducation du public et du corps médical.
10.
Valeurs-guides recommandées par l'OMS
Les valeurs-guides suivantes (les chiffres en ppm sont arrondis)
et durées d'exposition en moyenne pondérée par rapport au temps
ont été établies de manière à ce que le taux de 2,5 % de carboxyhémoglobine
ne soit pas dépassé, même si le sujet se livre à une activité
physique légère ou modérée.
-
100
mg/m3 (87 ppm) pendant 15 min
-
60
mg/m3 (52 ppm) pendant 30 min
-
30
mg/m3 (26 ppm) pendant 1h
-
10
mg/m3 (9 ppm) pendant 8 h
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